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Ukraine: les derniers journalistes à Marioupol racontent leur fuite

ByAfricasPort

Mar 21, 2022

CRISE UKRAINIENNE – Ils auront passé près d’un mois à documenter la mort et la désolation. Ce lundi 21 mars, l’agence de presse Associated Press a mis en ligne le récit bouleversant de ses journalistes Mstyslav Chernov et Evgeniy Maloletka qui ont vécu l’invasion russe dans la ville martyre de Marioupol. Le témoignage d’une fuite contrainte et déchirante. 

“Les Russes nous traquaient. Ils avaient une liste de noms, dont les nôtres, et ils se rapprochaient…” Voici comment débute ce dernier compte-rendu: avec une chasse à l’homme menée par des soldats dans les couloirs d’un hôpital, les deux journalistes cherchant à leur échapper, vêtus d’une blouse de médecin en guise de camouflage. 

Et quand les deux reporters finissent acculés par une douzaine d’hommes lourdement armés, c’est pour apprendre que ces militaires-ci sont ukrainiens, et qu’ils sont là pour les exfiltrer de la ville. 

Une opération de sauvetage haletante, destinée à éviter que les Russes mettent la main sur deux témoins-clés de ce qu’il se passe à Marioupol depuis le début de la guerre. “S’ils vous attrapent, ils vous mettront devant une caméra et vous forceront à dire que tout ce que vous avez raconté n’était qu’un tas de mensonges”, leur explique-t-on.

Femmes enceintes et abris de fortune

Car du conflit en Ukraine, Mstyslav Chernov et Evgeniy Maloletka sont des observateurs cruciaux, les deux derniers journalistes à avoir pu documenter le calvaire de Marioupol dans un média international. Et à en offrir un témoignage objectif à la face du monde, alors que les accusations de crimes de guerre se multiplient contre les troupes russes.

“Sans information sortant de la ville, sans photo des immeubles détruits et des enfants à l’agonie, les Russes auraient pu faire ce qu’ils voulaient”, écrit Mstyslav Chernov. “Sans nous, il ne serait rien resté.” Il ajoute: “Je n’ai jamais, jamais ressenti qu’il pouvait être si important de briser le silence.” Avec comme exemple la tentative russe de faire passer pour de la désinformation la série de photos et le récit d’AP sur les femmes enceintes victimes d’un bombardement. 

De la situation sur place, les deux journalistes -pourtant habitués des zones de conflit, du Haut-Karabagh à l’Afghanistan- racontent les familles terrées dans le dénuement le plus total dans des abris sous-terrains de fortune, les ambulances qui ne peuvent même plus transporter les blessés au milieu des décombres, les fosses communes creusées à la hâte entre deux bombardements. L’absence de contact avec le reste du monde aussi. Et l’incertitude quant à leur propre vie au moment de fuir.

“Quand les soldats sont venus nous chercher, j’étais à la fois sincèrement reconnaissant, et en même temps assommé. Et quand nous sommes partis, j’ai eu honte”, reprend le reporter d’AP. Suivront une quinzaine de checkpoints russes à franchir, avec à chaque fois la crainte d’être arrêté, jusqu’à parvenir enfin dans des territoires contrôlés par les Ukrainiens. Sains et saufs. Mais à quel prix, car désormais, il n’y a plus aucun journaliste sur place. “Et plus nous nous éloignions, plus mes espoirs de me dire que Marioupol survivrait s’envolaient…” 

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