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Pour assister l’éducation, la précarité n’est plus tolérable

ByAfricasPort

Mar 22, 2022

POLITIQUE – À l’heure où la situation sanitaire a mis en évidence de nombreux métiers essentiels au bon fonctionnement de la société, l’Éducation nationale a également son lot d’indispensables dont font partie les 65.000 assistants d’éducation (AED).

Ces personnels sont pourtant ceux qui vivent les situations les plus précaires tant au niveau financier, à la stabilité de leur emploi, et à la reconnaissance de leur métier au sein des établissements scolaires.

En janvier 2022, un premier pas a été franchi avec l’adoption par l’Assemblée nationale à l’initiative du groupe socialiste, d’une disposition reprise ensuite par le Sénat et intégrée à la proposition de loi visant à combattre le harcèlement scolaire, permettant la “Cdisation” de ces personnels. Ne manque plus désormais que le décret, qui tarde à arriver.

Tous ces agents, bien que très souvent oubliés des discours, ont reçu dernièrement les plus beaux éloqges à l’Assemblée Nationale. On a reconnu oralement leur travail et leur rôle, ils ont été qualifiés d’irremplaçables, dans l’accompagnement des élèves, que ce soit individuellement ou collectivement. Leur métier a ainsi été présenté comme une des clefs de voûte de l’institution.

Ce sont les premières et les premiers au contact des élèves. Ils les aident, les écoutent, les conseillent, les accompagnent dans tous les moments en dehors du cadre fermé de la salle de classe, dans tous les moments de ce qu’on appelle la vie scolaire.

Les AED aiment leur métier, ils veulent continuer à l’exercer, malgré la faiblesse de leur rémunération. C’est avec passion qu’ils travaillent dans les établissements scolaires, liés par des contrats précaires et éphémères que le code de l’éducation restreignait jusqu’à peu à une période de six ans. 

Un métier à part entière 

Auprès des élèves, les AED sont tour à tour diplomates, gardiens de la paix, psychologues, soutiens scolaires, encadrants, animateurs, conseillers d’orientation, assistants sociaux, éducateurs. Auprès des CPE, ils ont un rôle fondamental, notamment dans la gestion des absences, des transferts de responsabilité, des heures de retenue, du courrier, des dossiers scolaires… 

Auprès des enseignants, des équipes administratives et médico-sociales, les AED font un travail de secrétaires, de standardistes, d’agents d’accueil, de concierges, de coursiers, d’archivistes, de sentinelles pour détecter les problèmes familiaux, sociaux, alimentaires, d’absentéisme, d’addiction, de harcèlement, de violence, de détresse… Les AED collaborent ainsi quotidiennement avec l’ensemble des personnels des établissements scolaires. 

Ils sont aussi les premiers interlocuteurs des parents d’élèves, qui s’adressent en premier lieu à la vie scolaire pour tout ce qui concerne le quotidien de leur enfant dans l’établissement. 

Pourtant, leur reconnaissance reste insuffisante. On renvoie cette profession à la très réductrice notion de “job” et on l’associe aux étudiants boursiers se destinant aux carrières de l’enseignement, ce qui ne correspond plus à la réalité alors que moins de 30% d’entre eux sont étudiants.. Par la diversité des tâches essentielles qu’ils effectuent chaque jour, la mission qu’ils assument ne peut se voir réduite à un simple tremplin vers les métiers de l’enseignement.

Pour une reconnaissance au-delà des mots 

Il est nécessaire que la place des AED aux côtés des équipes éducatives soit enfin pérennisée et reconnue d’égal à égal. Pour continuer à accompagner tous les moments de vie scolaire. Pour construire et participer aux projets éducatifs. Pour continuer d’assurer un cadre propice à l’éducation. 

C’est pourquoi, plus que jamais, les AED réclament une véritable reconnaissance de leur travail par l’intégration au sein de l’institution. Le caractère limité de leurs contrats, en plus de les enfermer dans la précarité et de les exposer à l’arbitraire, ne leur permet pas de continuer à participer à ce vivier démocratique qu’est l’école. 

Nous appelons à ce que le décret permettant la mise en place rapide de ces contrats soit le fruit d’une véritable concertation avec les personnes concernées et les parlementaires qui ont été à l’origine de cette avancée. En dépit de nos nombreuses sollicitations auprès du ministre de l’éducation nationale et plus de deux semaines après promulgation de la loi, ce  décret  n’a toujours pas été publié sans que nous n’en connaissions les raisons, suscitant la crainte que ces personnels ne puissent pas bénéficier de ce droit nouveau. 

La possibilité de signer un CDI a pourtant fait naître un formidable espoir chez des milliers d’AED en réelle souffrance de devoir quitter leurs établissements dans quelques mois. 

C’est une première pierre dans la construction d’un métier à part entière, à partir de laquelle un véritable statut devra être créé permettant ainsi aux AED de contribuer à l’éducation  émancipatrice pour tous les élèves

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