• mar. Mai 24th, 2022

“Novaïa Gazeta” veut mettre aux enchères son Nobel de la paix pour aider l'Ukraine

ByAfricasPort

Mar 22, 2022

GUERRE EN UKRAINE – Un don qui profitera au peuple d’Ukraine. Sur son site Internet, le rédacteur en chef du journal russe Novaïa Gazeta a annoncé ce mardi 22 mars qu’il allait faire don de la médaille du prix Nobel de la Paix reçu en 2021. 

L’emblématique patron du journal d’opposition Dmitri Muratov a choisi de remettre son prix de manière symbolique aux réfugiés du pays en guerre avec la Russie, afin de récolter un maximum d’argent destiné au Fonds ukrainien pour les réfugiés. Sur le site du journal, il a interpellé en russe les grandes maisons de vente afin que l’une d’entre elles puisse proposer le Nobel lors d’une future vente aux enchères

Comme le rappelle Franceinfo, en octobre dernier, le journaliste avait déjà déclaré qu’il n’utiliserait “pas un centime” de la somme d’argent qui accompagnait son Nobel de la paix, et qu’elle serait reversée à plusieurs fondations, ainsi qu’à d’autres “médias indépendants et autonomes” luttant pour la liberté d’expression. 

Au lendemain du premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Novaïa Gazeta s’était particulièrement démarqué dans la presse russe en affichant clairement en une de son journal un message anti-guerre: “LA RUSSIE. BOMBARDE. L’UKRAINE”.

Cette édition avait la particularité d’être écrite à la fois en russe et en ukrainien “parce que nous refusons de considérer l’Ukraine comme un ennemi et la langue ukrainienne comme la langue d’un ennemi”, justifiait alors le rédacteur en chef le 25 février dernier. 

Un geste fort face à une information bâillonnée

Le geste Dmitri Muratov a d’autant plus de force symbolique que la Russie a adopté de nouvelles lois ce mardi 22 mars réprimant les “informations mensongères” sur l’action de Moscou à l’étranger. 

Le texte qui doit encore être signé par Vladimir Poutine pour être adopté, prévoit de punir la “diffusion publique d’informations sciemment fausses sous couvert d’informations fiables” à propos des “activités des organes de l’État russe en dehors du territoire russe”, selon le communiqué du Parlement.

Parmi les peines prévues: jusqu’à trois ans de prison, relevées à cinq ans s’il s’agit d’une activité de groupe, d’un “abus de position officielle”, d’une “création artificielle de preuves” ou si l’acte est “motivé par la haine ou l’hostilité politique, idéologique, raciale, nationale ou religieuse”. La peine prévue grimpe même à 15 ans de prison si les “informations mensongères” ont “entraîné des conséquences graves”. Une énième arme répressive de plus dans l’arsenal du Kremlin pour contrôler les informations sur son offensive en Ukraine.

Un Nobel qu’il n’a jamais souhaité recevoir

À l’annonce de l’attribution du Nobel de la paix en octobre 2021, Dmitri Muratov s’était tout de suite montré réticent à l’idée de recevoir cette récompense. “Je suis le mauvais bénéficiaire”, avait-il ainsi déclaré, préférant voir une personnalité comme Alexeï Navalny en bénéficier. 

“J’aurais voté pour la personne sur laquelle pariaient les bookmakers, et cette personne a tout l’avenir devant elle. Je veux dire Alexeï Navalny”, principal opposant politique au Kremlin, avait estimé le rédacteur en chef du journal d’opposition. 

Pour autant, le prix avait été reçu avec joie par la rédaction du Novaïa Gazeta. Kirill Martynov, adjoint de Dmitri Mouratov avait expliqué que la récompense permettrait de protéger davantage le journal de la répression du Kremlin contre la presse et les médias d’opposition. 

En effet, les positions anti-Kremlin du journal ont coûté un lourd tribut à la rédaction russe avec pas moins de six journalistes assassinés entre 2000 et 2009, dont la journaliste Anna Politkovskaïa en 2006. En octobre 2021, neuf membres de la rédaction avaient également été placés sur la liste des “agents de l’étranger” par le Kremlin. 

À voir également sur Le HuffPost: Une journaliste ukrainienne réfugiée présente le journal télé en Allemagne

Source "Novaïa Gazeta" veut mettre aux enchères son Nobel de la paix pour aider l'Ukraine