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Hollande soutient Hidalgo, mais à quoi cela peut-il servir?

ByAfricasPort

Mar 22, 2022

POLITIQUE – Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. François Hollande s’affiche aux côtés d’Anne Hidalgo ce mardi 22 mars en s’invitant à l’un de ses meetings à Limoges, en Haute-Vienne. L’ancien chef de l’État, qui a déjà participé à un déplacement de la candidate socialiste début novembre dans son fief corrézien, sans manquer de s’activer en coulisses pour apparaître comme une éventuelle voie de recours en ce printemps, vient montrer l’unité de son camp à l’heure où sa campagne prend l’eau.

Dernière difficulté en date pour la maire de Paris: le non-soutien de son prédécesseur et mentor Bertrand Delanoë. L’ancien maire de la capitale (2001-2014) a fait savoir “en petit comité”, selon le JDD, qu’il voterait pour Emmanuel Macron, exactement comme en 2017. “J’ai voté pour lui en espérant qu’il soit un bon président, je vote pour lui en 2022 en sachant qu’il sera un bon président”. 

Le symbole, pour Anne Hidalgo, d’un projet qui peine à séduire et d’une candidature qui végète autour des 2,5% dans les sondages comme vous pouvez le voir à travers notre compilateur ci-dessous. Dans ce contexte, à quoi peut bien servir le soutien de l’ancien président socialiste? Un appui tardif, à moins de trois semaines du premier tour, et au relent particulier depuis la révélation de ses manoeuvres secrètes.

“Ah bah c’est notre tournant à nous”, se marre un élu local socialiste engagé dans la campagne quand on lui pose la question, avant de reprendre d’un ton plus sérieux: “c’est l’ancien président de notre famille politique, plus que sa présence, c’est son absence totale dans la campagne qui aurait fait tache”. Une question de symbole donc, de loyauté aussi, et une façon sans doute de se démarquer de la droite version Valérie Pécresse, dont l’aventure est plombée par le silence de Nicolas Sarkozy.

“C’est plutôt positif de voir que la candidate socialiste réunit toute sa famille politique”, souligne dans le même sens Pierre Jouvet, porte-parole du parti, auprès de l’AFP. Quand l’ancien patron du PS Jean-Christophe Cambadélis voit dans la venue de François Hollande à Limoges “la démonstration qu’Anne Hidalgo n’est pas seule”.

Une famille unie, mais pas trop

Pour appuyer son propos, l’ex-député met en avant le choix de “la quasi-totalité des élus socialistes” qui lui ont apporté leur parrainage ou le soutien de nombreux ”éléphants”, comme les anciens premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve. C’est oublier au passage que ce dernier, comme François Hollande, a longtemps imaginé pouvoir se présenter et porter les couleurs de la social-démocratie à la place de la maire de Paris.

En public, l’ancien locataire de l’Élysée s’est rarement montré très chaleureux à l’égard de la candidate. Il a surtout distillé quelques remarques assassines, dénonçant par exemple les “candidatures lilliputiennes” de gauche ou le manque de travail du PS avant cette course présidentielle. Il a ainsi maintenu le flou sur ses propres ambitions jusqu’à fin janvier en faisant remarquer qu’il n’était pas candidat “pour l’instant”.

Plus que sa présence, c’est son absence (…) qui aurait fait tâcheUn élu local socialiste

Et… le projet était bien là, révélé par Le Monde et confirmé, depuis, par plusieurs médias. François Hollande prévoyait d’apparaître comme un recours et de remplacer la candidate en difficulté. Toute une équipe était déjà mobilisée autour de lui et de Julien Dray, entre autres. 

Dans ce contexte et à l’heure où l’intéressé reconnaît que le regret de ne pas s’être lancé “peut exister”, le meeting de Limoges ce mardi soir apparaît surtout comme un rabibochage de raison bien davantage que la marque d’un élan irrésistible autour d’Anne Hidalgo. “C’est l’histoire de deux responsables politiques extrêmement isolés”, résume “une figure du PS” dans les colonnes de L’Opinion, “chacun a besoin de l’autre. François Hollande parce qu’il est seul à gauche, Anne Hidalgo parce qu’elle a besoin de crédibilité.” Ou le donnant-donnant à la sauce PS. 

Hollande et le coup d’après

Pour l’ancien président, il s’agit ainsi de revenir dans le jeu après cette occasion manquée et montrer, comme l’explique sa conseillère com’ à Politico, “qu’il a envie de rejouer un rôle actif en politique après la présidentielle”. Au point de viser les législatives? “Ce n’est pas exclu”, répond désormais son entourage dans la presse, après avoir fermement démenti, mi-janvier, l’information alors publiée dans Le Canard Enchaîné.

Il se saisira peut-être de l’occasion à Limoges, à une centaine de kilomètres de son fief de Tulle, pour glisser une petite allusion autour de ces ambitions. D’autant que, selon Le Figaro, c’est la fédération de Corrèze qui finance, pour partie, ce rassemblement de 700 personnes. Ce n’est sans doute pas si anodin dans une campagne exsangue. Les PS locaux rechignent parfois à prêter de l’argent à leur candidate qui, sauf dynamique de dernière minute, risque de ne pas être remboursée de ses frais.

En attendant ces nouvelles échéances, la venue de François Hollande en Haute-Vienne suscite quelques grincements de dents en interne. Pour le maire (PS) de Blois Marc Gricourt, l’ancien président fait figure de repoussoir pour une partie de l’électorat alors que le Parti socialiste n’a jamais vraiment fait l’examen de son quinquennat. “On paie encore la mandature de François Hollande. Les gens ont le sentiment d’avoir été trompés”, déclare l’édile dans les colonnes de La Nouvelle République. 

“Il ne faudrait pas qu’il en fasse trop sur son bilan”, acquiesce notre élu local en maniant l’euphémisme, alors que l’héritage du dernier président socialiste reste sujet à questions dans sa propre famille politique. A deux doigts de casser la vaisselle en public.

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Source Hollande soutient Hidalgo, mais à quoi cela peut-il servir?